Accueil Editorial Guinée: fin de ramadan inattendue pour les victimes du 28 Septembre!

Guinée: fin de ramadan inattendue pour les victimes du 28 Septembre!

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Le capitaine Moussa Dadis Camara

En plein temps de pénitence, de jeûne, de partage et de pardon, les Guinéens ignoraient, sans doute, jusqu’à quel point ils auraient à mettre à l’épreuve leur foi en Dieu qui est amour! Ils ne l’ont su, pratiquement, que la veille de la fête du Ramadan, qu’il leur faudra partager, à nouveau, les rues, les mosquées, ou, peut-être les temples de Conakry, avec l’un de ceux contre qui les victimes du massacre du 28 septembre 2009, ont témoigné à visage découvert, il n’y a pas très longtemps. Pour une surprise, la libération de Dadis Camara, pour raison de santé, en a été bien une pour les populations guinéennes!

Et cette grâce présidentielle qui aurait dû être accueilli avec une grande compassion, compte tenu de la portée humaniste qui lui a été donnée, suscite plutôt stupéfaction, interrogations, incompréhension, et même crainte pour certains. Une magnanimité présidentielle, qui n’est, certes, pas amnistiante, par calcul politique, les échéances électorales étant annoncées pour bientôt, fait partie, visiblement, de ces petits arrangements entre le général et le capitaine. En tout cas, cette fin de ramadan fut bien inattendue pour les victimes des tueries et viols du 28 septembre, au Stade éponyme de Conakry, en 2009. Elles qui ont, à peine, eu le temps de crier victoire, à la suite de ce jugement historique qui a condamné, le 31 juillet 2024, les auteurs du drame du 28 septembre. Après les condamnations des accusés, au titre desquels l’ancien dirigeant Moussa Dadis Camara qui avait écopé d’une peine de 20 ans d’emprisonnement, s’est posé le souci de l’indemnisation, pour les proches des plus de 150 morts et les 109 filles et femmes violées. Une indemnisation que le gouvernement guinéen a décidé de prendre en charge.

Le général Mamadi Doumbouya aurait voulu infliger une deuxième mort et un deuxième viol aux victimes du 28 Septembre, qu’il ne s’y serait pas pris autrement, en accordant cette sortie prématurée de prison au capitaine Dadis Camara. Surtout que ce dernier a fait appel du verdict du tribunal. Sans être expert en droit, le constat est là que cette grâce présidentielle pose bien problème, puisque la décision qui a condamné Dadis Camara et Cie, est frappée d’appel. Ce qui signifie que ce dossier doit passer sur la table des juges de la cour d’appel. Or, dans le cas de figure, la grâce présidentielle n’est possible que lorsque la décision juridique est définitive. Pour les initiés du droit, une décision est dite définitive lorsque toutes les voies de recours sont épuisées. Du reste, comme l’atteste l’article 170 du code pénal «la grâce est une dispense d’exécution de la peine, accordée par le Président de la République au condamné frappé d’une condamnation définitive et exécutoire.»

Dadis Camara devait donc se désister de son appel avant tout bénéfice de grâce présidentielle. Et comme on se trouve face à un cas de crime contre l’humanité, la réaction de la communauté internationale et des victimes ne s’est pas fait attendre contre l’acte posé par le général Mamadi Doumbouya. Question: la grâce présidentielle au profit de l’ancien exilé de Ouagadougou, est-elle sortie du képi du général, pour calmer les populations de Nzérékoré qui ont vécu cette tragédie du 3 avril 2024, avec à la clé au moins 56 morts et des centaines de blessés, lors du tournoi de football de la Refondation, doté du trophée «Président général Mamadi Doumbouya»? Interrogation pertinente, dans la mesure où toutes les élections, dont la présidentielle à laquelle, sauf tsunami, Mamadi Doumbouya prendra part, sont annoncées, par les autorités de la transition, pour cette année 2025. Le général aura donc besoin de l’électorat de Nzérékoré et de la Guinée forestière, région où Moussa Dadis Camara jouit encore d’une popularité certaine.

Par Wakat Séra