Au moins cinq enlèvements en sept mois. Ce n’est peut-être pas un bilan exhaustif mais c’est l’un des records établis par le pouvoir de Mamadi Doumbouya, tout en excellant dans le non-respect de la parole donnée, dans une transition aux contours toujours évanescents, habillée de promesses non tenues! A cela, s’ajoute la chape de plomb que le général fait peser sur un peuple qui l’avait accueilli en sauveur, mais n’en finit plus de se demander à quel saint se vouer. Surtout après le dernier enlèvement d’un citoyen, dans la nuit du mercredi 19 février.
Le coordonnateur national du Forum des forces sociales de Guinée, Abdoul Sacko, puisque c’est de lui qu’il s’agit, allonge ainsi, le chapelet des disparus de Conakry, depuis l’avènement de Mamadi Doumbouya, le 5 septembre 2021. Le scénario de kidnapping de cette personnalité de la société civile, ressemble à tout point de vue, à celle d’autres figures marquante des Forces vives de Guinée, en l’occurrence le journaliste Habib Marouane Camara, l’ancien secrétaire général du ministère des Mines, Saadou Nimaga, et des cadres du Front national de défense de la constitution (FNDC), Oumar Sylla alias Foniké Mengué et Mamadou Billo Bah, pour ne citer que ceux-là!
La guinée, au-lieu de connaître la quiétude, sous ce régime de la transition qui devait «balayer la maison», pour emprunter les mots au général ivoirien feu Robert Gueï, vit une galère, qui ne dit pas son nom. La cherté de la vie se conjugue avec la fuite de personnalités politiques, dont le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, qui ne doivent la liberté et la vie, qu’à leurs exils forcés. A cela s’ajoutent les morts inexpliquées d’officiers militaires comme, l’ancien chef d’état-major général des armées, Sadiba Koulibaly et le colonel Célestin Bilivogui, sans oublier les victimes des répressions disproportionnées et meurtrières des manifestations pour le retour à un Etat de droit. Et la suspension et la fermeture d’organes de presse, complètent un tableau bien sombre de la transition de Mamadi Doumbouya.
Et comme il fallait s’y attendre, alors que le général avait promis de remettre, dans un laps de temps, le pouvoir aux civils, sans que lui-même, ni aucun dirigeant de la transition, n’aient une quelconque possibilité d’éligibilité, c’est tout le contraire qui se dessine. De plus en plus, préférant, dans son code vestimentaire, les boubous de bazin riche et les costumes au treillis et au kaki militaires, le général, est certainement sur le point de se refaire une virginité, à travers les urnes. Pour l’instant, il ne s’est pas encore prononcé, du moins officiellement, sur la question, laissant le soin à ses affidés de susciter sa candidature. Le process est classique et ne surprend guère, ayant produit son efficacité depuis l’ère des pères de la nation, qui ne vont aux élections qu’après les supplications dites spontanées, mais en réalité bien organisées, du fameux peuple qui ne peut se passer, fait-on croire, de son leader qui, pourtant, se révèle souvent être son seul et véritable tortionnaire!
Si comme le dit l’adage, «il n’est jamais tard pour bien faire», le président de la transition guinéenne qui a eu le mérite de délivrer les Guinéens d’Alpha Condé, un autre prédateur de libertés, et fidèle disciple du 3e mandat, est encore en mesure de changer le fusil d’épaule, au propre comme au figuré. L’ancien président malien, Feu Amadou Toumani Touré, ATT, avant de revenir au palais de Koulouba, a bien remis le pouvoir aux civils, après avoir organisé des élections, suite à son coup d’Etat, suivi d’une transition. Cette époque est-elle révolue? Il faut espérer que non pour la Guinée, qui a besoin de tous ses fils et filles, pour la construire dans la paix.
Par Wakat Séra