Après deux rounds perdus aux points, mais dont il ne sort pas moins groggy, Luanda jette l’éponge sur le ring de la médiation qu’il essaie de mener depuis deux ans, entre Kigali et Kinshasa! Certes, l’Angolais Joao Lourenço, qui vient de récupérer la présidence tournante de l’Union Africaine, annonce qu’il est temps pour son pays, de se focaliser sur les grandes questions continentales.
Sauf que l’une des priorités pour l’Afrique actuelle, c’est bien la paix qui a fui presque toutes les parties du continent, chassée par les attaques terroristes au Sahel, la guerre des généraux au Soudan, et, plus près de l’Angola, les bruits de canon produits, par, d’une part, par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés des milices Wazalendos et d’autre part, l’AFC/M23, que le Rwanda est accusé de soutenir. Donc, en matière de prise en main des problèmes du continent, Joao Lourenço ne peut avoir meilleur cas d’école que la marche conquérante de l’AFC/M23 dans l’Est de la RD Congo.
En réalité, ce sont les revers subis par l’Angola dans ses tentatives de faire appliquer les cessez-le-feu et surtout de réunir sous l’arbre à palabre, ses pairs de la RD Congo et du Rwanda, qui ont contraint le médiateur angolais à opérer un retrait qui s’avérait urgent pour lui. Se refusant de boire le calice de l’humiliation jusqu’à la lie, Joao Lourenço qui n’avait pas encore digéré la rencontre avortée qu’il avait organisée, en décembre dernier, à Luanda, entre Felix Tshisekedi et son homologue Paul Kagame, a, certainement, moins supporté, l’échec de la réunion du 18 mars, en terre angolaise, des principaux belligérants.
Le médiateur avait annoncé, lui-même, la présence physique des deux parties, en l’occurrence, l’AFC/M23 et le gouvernement congolais, pour qui il a toujours été hors de question, de s’assoir à la même table de négociations que les «assaillants» de son pays. Les premiers, arguant de l’inopportunité des sanctions prises la veille, par l’Union Européenne, contre certains de leurs chefs militaires et de personnalités rwandaises, ont simplement, posé un gros lapin au chef de l’Etat angolais, qui, pourtant, mijotait déjà son succès diplomatique de médiateur. Et comme un gros pied de nez qu’ils lui ont, sciemment, infligé, Felix Tshisekedi et Paul Kagame se sont retrouvés, en live, le même jour, à Doha, autour de l’émir Tamim ben Hamad Al-Thani. Si comme le dit l’adage africain, «trop de viande ne gâte pas la sauce», c’était, tout de même, la goutte de frustration qui a fait déborder le vase de la médiation!
Et maintenant que Joao Lourenço a renoncé à sa médiation, pour se consacrer aux défis continentaux, comme il l’a dit, qui reprendra le flambeau? Quelle sera la portée des processus désormais unifiés de Nairobi et de Luanda? Depuis le Qatar, l’émir pourra-t-il les faire appliquer, alors que l’AFC/M23 continue son avancée, dans le sang et sur fond de crise humanitaire? Quel sort pour Goma, Bukavu et Walikale, qui battent, désormais pavillon AFC/M23, malgré la rencontre Tshisekedi/Kagame que certains pensaient qu’elle serait la baguette magique pour arrêter ce conflit? Quel avenir pour Felix Tshisekedi lui-même, que bien de ses «ennemis» voient, ou tout au moins espèrent, la chute? Dans le but de se dépêtrer des sanctions internationales, Paul Kagame abandonnera-t-il l’AFC/M23 en plein vol, ou alors, les mesures prises à son encontre, vont-elles le radicaliser? Quelle sera la position du gouvernement Trump dans le conflit? Autant de questions, dont la liste, sans être exhaustive, n’en n’est pas moins probante de la complexité de cette guerre dans le Nord et le Sud-Kivu, qui n’a sans doute pas fini de révéler toutes ses implications et imbrications intérieures, régionales et internationales.
En tout cas, malgré les prières des religieux vers Dieu, et leurs tentatives, pour l’instant, improductives de calmer les ardeurs de ceux qui tiennent les fusils, de ceux qui fournissent les armes et de ceux qui détiennent le nerf de la guerre, les Congolais se demandent, toujours, à quel moment le ciel va se dégager pour eux. Ou leur tombera sur la tête!
Par Wakat Séra